Longtemps ignorés aux dépens des “sorciers blancs”, les sélectionneurs africains commencent à s’imposer à la tête de certains Pays qui sont ouverts à leur accorder leur confiance. Les résultats de la CAN 2019 relancent bien ce débat sur le continent.

Onze des vingt-quatre pays qualifiés de la CAN 2019, avaient à leur tête des sélectionneurs africains. Elle fut presque historique la finale de cette Coupe d’Afrique des Nations puisque c’est la première fois depuis 21 ans (CAN 1998, Mohamed El-Gohary avec l’Égypte et Jomo Sono avec l’Afrique du Sud) que les deux équipes finalistes ont à leur tête des sélectionneurs locaux : Djamel Belmadi pour l’Algérie et Aliou Cissé pour le Sénégal. Un succès de ces entraîneurs “qui est la preuve qu’une réflexion doit être menée sur le terrain, car l’africain à un cerveau dont il s’en sert”, estime Patrick M’boma, vainqueur des CAN 2000 et 2002 avec le Cameroun.

Plusieurs leçons doivent être tirées des résultats obtenus par Belmadi en un an à la tête des Fennecs ou de la continuité et de la confiance des autorités sénégalaises à Aliou Cissé, malgré la déception du Mondial 2018 : élimination dès le premier tour. D’où là “nécessité de prendre des entraîneurs qui connaissent bien le football africain. Belmadi et Cissé connaissent bien le football africain et la CAN pour l’avoir déjà disputé en tant que joueurs à l’inverse des Seedorf, novice sur le continent. Il faut reconnaître que les coaches africains ont toutes les capacités pour prendre leur place dans le foot africain”, analyse Phillipe Doucet, consultant avec quinze CAN à son actif.

“Tout ce débat existe parce qu’il y a quelque chose”, lance toute suite Florent Ibengue, sélectionneur des Léopards du Congo. Bien évidemment la réussite de certains entraîneurs africains dont il en fait partie (3e lors de la CAN 2015, vainqueur du CHAN 2016, deux fois entraîneur de l’année de la CAF) fait couler beaucoup d’encre et de salives.

L’une des raisons évoquées pour justifier la mise à l’écart des africains est liée à la formation et la compétence dit-on souvent. Mais là encore, l’entraîneur de l’AS Vita Club n’est pas tendre avec les dirigeants du football africain : “Posez leur la question à nos dirigeants. Ils estiment que nous ne sommes pas formés, pourquoi alors ne nous envoient t-ils pas en formation ? Vous les verrez envoyer des médecins, enseignants, juristes, financiers se faire former avec des bourses. Pourquoi pas nous ? Le sport n’est pas un petit phénomène, le sport arrive à développer des localités”, nous dit-il. Avant d’enchaîner, “quand vous avez un entraîneur européen on paie régulièrement son salaire et quand on prend un africain on le paie moins et pas régulièrement encore faut il le souligner. Quand je dis ça, il faut pas fustiger les entraîneurs européens, ils viennent, ils proposent leur service et on les prend. Le problème ce sont nos dirigeants”.

Le Togo ne fait pas l’exception

L’exemple patent est celui du Togo où Tchanilé Tchakala, Togolais, après avoir échoué à qualifier le Togo pour la CAN 2015 a été limogé sans ménagement alors que Claude Le Roy, le plus grand “sorcier blanc” du foot africain avec de moyens énormes a échoué aussi à qualifier le Togo pour la CAN 2019 en ne gagnant aucun match à domicile : une première dans l’histoire du Togo. Malgré ce résultat inacceptable pour le public sportif togolais, le Breton reste en place, bénéficiant de l’appui dit-on des plus hautes autorités du pays.

Pour marquer leur désapprobation face à cet appui dont benifierait Claude Le Roy, le public togolais a profité du match de gala opposant les légendes africaines aux légendes togolaises en présence du président togolais, Faure Gnassingbé pour réclamer le départ du champion d’Afrique 1988 en scandant des “Claude Leroy démission !”.

“Je connais la faculté de Claude Le Roy à travailler sur ce continent, après, c’est aux Togolais de voir si le résultat sec sur le terrain suffit à condamner, et bien qu’ils changent, c’est leur choix. Mais en réfléchissant un peu plus quand on voit le travail qui est fait en profondeur par Claude autre que le résultat brut de la sélection A, je crois qu’il y a des acquis que les prochaines années seraient meilleures”, analyse Phillipe Doucet.

Pour Jacques Anouma, ancien président de la Fédération Ivoirienne de Football, si le Togo veut réussir, il “faut tourner la page, et bien tourner la page”. “Je n’hésitais pas moi à laisser les entraîneurs si les résultats ne suivent, peu importe le nom que pouvait porter cet entraîneur”, lance t-il.

Quoi qu’il en soit, le débat portant sur le rôle des entraîneurs africains souvent présents dans les championnats locaux mais délaissés au niveau des sélections fera couler encore beaucoup d’encre et de salives.

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